Du coup, sur les conseils de la proviseur du LP du Portel, Cécile accepte de rester à quai au collège jusqu'en troisième : "On peut intégrer le lycée en CAP, mais le niveau général est moins bon. Du coup, j'ai attendu". Une sage décision de la famille Grisolet : "Déjà au début de l'année, toute seule parmi les garçons, je me suis fait charrier ; mais si j'avais été en CAP, je n'aurais jamais tenu". Mais du haut de ses 17 ans, Cécile semble conduire parfaitement sa barque dans ce monde éminemment masculin. Il faut dire que l'internat du Portel, son père aussi l'avait connu... trente ans plus tôt ! "De suivre sa trace, ça me rapproche de lui. Avant, c'est maman qui s'occupait de mes devoirs. Aujourd'hui, c'est mon père qui va aux réunions de parents". Dans un grand éclat de rire, l'oeil lavé par la mer, les pommes rougies par le soleil et l'air du large, Cécile avoue qu'elle se prend au jeu et embrasse avec passion ce métier de marin qu'elle découvre. "Je ne sais pas si je serai patron de pêche un jour ou si je préférerai la navigation, les voyages au long cours, mais je me fais à cette idée". Parfaitement heureuse d'avoir suivi la voie de l'apprentissage ("alors que mes copines qui sont restées au lycée passent parfois des journées à s'ennuyer"), Cécile semble surtout emballée par ses stages. "Le premier, en novembre, c'était catastrophique : un temps misérable, j'étais toujours malade et je ne connaissais pas le bateau". Mais Cécile a survécu à l'épreuve et la deuxième période de stage qu'elle vit en ce moment à bord du "Brocéliande" la ravit. Et puis, n'en déplaise aux féministes convaincues pour qui certains métiers restent l'apanage des hommes, Cécile ne ressent aucune discrimination : "Ce n'est pas un métier dur, mais plutôt fatiguant. Mais en tant que fille à bord, pas de problème". Et pour décharger les caisses, il existe des grues, qui remplacent avantageusement les biceps ! Reste que la pêche en mer n'est pas toujours une partie de plaisir : lever 4h, appareillage à 5h15, arrivée sur le lieu de pêche à 6h du matin, jet des filets jusqu'à 12h30, retour au port, tri des poissons, déchargement des caisses... "Mais on ne voit pas le temps passer. Et puis, ce matin par exemple, j'ai vu ma première seiche : ça a une sale tête et évidemmentça m'a craché toute son encre!" Dans un nouvel éclat de rire, Cécile raconte comment elle a amusé tout le bord en manipulant à grand peine les ancres des filets. "J'ai joué les musclor !" En attendant, à 17 ans, Cécile, la fille de la mer, est bien décidée à ne pas jouer les bigorneaux, incrustés à leur rocher. Ce qu'elle aime, elle, c'est la mer. Et puisque la pêche peut lui permettre de naviguer, alors vogue la galère ! |