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Le phare dunkerquois du 16/03/2002

  Cécile, la fille de la mer  

A 17 ans, Cécile Grisolet a choisi d'apprendre les métiers de la mer. Elève du LP maritime du Portel, elle est apprentie sur un trémailleur dunkerquois. Une fille de la mer.

Au fait, ça naît comment une vocation ? A cette question, Cécile Grisolet, 17 ans, peut apporter quelques éléments de réponse, sans toutefois se risquer plus avant. Allez d'abord savoir si l'hérédité n'y est pas pour quelque chose : son papa, Michel, est aujourd'hui restaurateur à Dunkerque (La clé de sole), mais avant cela, il fût marin au long cours... tout comme son propre père... et son grand-père.

 

De génération en génération

 

La filière est amorcée depuis tellement longtemps que Greta, la maman de Cécile ne sait plus très bien, chez les Grisolet, si l'on en est à la quatrième ou la cinquième génération. Le fait est que la petite dernière, à 17 ans, vient de prendre le sillage de ses aînés : depuis la rentrée de septembre, elle est élève au lycée professionnel maritime du Portel.

 

Elles sont deux dans ce cas au sein de l'établissement portelois : "Je suis évidemment la seule fille de ma classe", précise Cécile. Sa classe en question, c'est la promotion "pont" du LP.

 

Alors cette vocation pour la mer, d'où vient-elle ? "On a toujours habité près de la mer ; si j'avais habité la montagne, j'aurais peut-être été alpiniste mais là...". "Quand elle n'avait que 7 ou 8 ans, elle disait qu'elle voulait faire Florence Artaud" se souvient Greta. Tandis que ses parents dirigeaient les cuisines du club-house du yacht-club, la petite Cécile voyait sa vie rythmée par les entrées et sorties de voiliers. Forcément...

Du coup, sur les conseils de la proviseur du LP du Portel, Cécile accepte de rester à quai au collège jusqu'en troisième : "On peut intégrer le lycée en CAP, mais le niveau général est moins bon. Du coup, j'ai attendu". Une sage décision de la famille Grisolet : "Déjà au début de l'année, toute seule parmi les garçons, je me suis fait charrier ; mais si j'avais été en CAP, je n'aurais jamais tenu". Mais du haut de ses 17 ans, Cécile semble conduire parfaitement sa barque dans ce monde éminemment masculin. Il faut dire que l'internat du Portel, son père aussi l'avait connu... trente ans plus tôt ! "De suivre sa trace, ça me rapproche de lui. Avant, c'est maman qui s'occupait de mes devoirs. Aujourd'hui, c'est mon père qui va aux réunions de parents". Dans un grand éclat de rire, l'oeil lavé par la mer, les pommes rougies par le soleil et l'air du large, Cécile avoue qu'elle se prend au jeu et embrasse avec passion ce métier de marin qu'elle découvre. "Je ne sais pas si je serai patron de pêche un jour ou si je préférerai la navigation, les voyages au long cours, mais je me fais à cette idée".

 

Parfaitement heureuse d'avoir suivi la voie de l'apprentissage ("alors que mes copines qui sont restées au lycée passent parfois des journées à s'ennuyer"), Cécile semble surtout emballée par ses stages.

 

"Le premier, en novembre, c'était catastrophique : un temps misérable, j'étais toujours malade et je ne connaissais pas le bateau". Mais Cécile a survécu à l'épreuve et la deuxième période de stage qu'elle vit en ce moment à bord du "Brocéliande" la ravit. Et puis, n'en déplaise aux féministes convaincues pour qui certains métiers restent l'apanage des hommes, Cécile ne ressent aucune discrimination : "Ce n'est pas un métier dur, mais plutôt fatiguant. Mais en tant que fille à bord, pas de problème". Et pour décharger les caisses, il existe des grues, qui remplacent avantageusement les biceps !

 

Reste que la pêche en mer n'est pas toujours une partie de plaisir : lever 4h, appareillage à 5h15, arrivée sur le lieu de pêche à 6h du matin, jet des filets jusqu'à 12h30, retour au port, tri des poissons, déchargement des caisses... "Mais on ne voit pas le temps passer. Et puis, ce matin par exemple, j'ai vu ma première seiche : ça a une sale tête et évidemmentça m'a craché toute son encre!"

Dans un nouvel éclat de rire, Cécile raconte comment elle a amusé tout le bord en manipulant à grand peine les ancres des filets. "J'ai joué les musclor !"

 

En attendant, à 17 ans, Cécile, la fille de la mer, est bien décidée à ne pas jouer les bigorneaux, incrustés à leur rocher. Ce qu'elle aime, elle, c'est la mer. Et puisque la pêche peut lui permettre de naviguer, alors vogue la galère !


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